L E O F A N Z I N E O Q U I O M E T O L A O C U L T U R E O E N O S A C H E T S

2.12.14

Six

Le nombre six représente beaucoup de choses. Les mathématiques vous apprendront d'ailleurs que six est un nombre unitairement parfait, automorphe, oblong, octaédrique, ou encore hautement composé. Pour faire plus simple, on dira que c'est le premier qui nous oblige à utiliser nos deux mains pour compter avec les doigts. Six, c'est l'harmonie chez les numérologues, le nombre de cordes à une guitare, les différentes lettres qui servent à désigner les vitamines. Six, c'est le nombre de faces que possède un dé, l'âge auquel on apprend à lire, le jour de la Saint Nicolas, la meilleure note à un examen selon le barème suisse mais la pire chez les Allemands, le nombre de couverts qu'il y avait à table le soir chez ma mère, les différentes maisons que j'ai connues dans ma vie, la ligne de métro qui va d'Etoile à Nation ou de Roi Baudouin à Elisabeth, le nombre moyen de bières que nous prenons un soir de concert, Six Feet Under, les Six Compagnons, le 6 juin 1944, la planète Saturne, un numéro de portable français, le sixième sens... Six, c'est l'âge de TEA. Alors joyeux anniversaire !


Pour l'occasion, nous nous sommes livrées à l'exercice ô combien difficile de choisir six morceaux essentiels à nos yeux. Un casse tête qui reflète au final assez bien nos personnalités respectives et que l'on publie avant de changer encore une fois d'avis !




23.11.14

"C'est mon ordinateur qui veut que je fasse de la dance music"

Dans le royaume du mp3, il reste encore des groupes qui conçoivent des albums comme un entier. Une jolie brique à poser sur l'édifice de sa carrière. Chez LIARS, la construction s'apparente à un mur en légo bigarrés, ou bien, à l'image de la pochette de leur dernier disque Mess, à une toile d'araignée faite de fils de toutes les couleurs qui partent dans toutes les directions. Lorsqu'on interviewait Foals, en 2010, on avait déjà discuté de cette étonnante capacité à se réinventer à chaque sortie. Et comme la TEAm a particulièrement aimé le très dansant dernier LP (Mess) (surtout l'enchaînement PARFAIT des deux premiers morceaux "Mask Maker"/"Vox tuned D.E.D"), l'opportunité d'en parler directement avec les intéressés était inratable. On s'est donc retrouvées face à Angus, le chanteur, pour parler d'albums concepts et d'un tas d'autres trucs. Plié en quatre pour se faire une place dans son fauteuil des minuscules loges de La Superette (à moins que ce soit un effet d'optique dû à la taille du personnage) Angus s'est montré plutôt bavard sur le sujet, tout en ne cachant pas son admiration pour d'autres groupes qui semblent faire de la musique, "just for the sake of it" (voir aussi  et ). 


INTERVIEW LIARS

Vous avez beaucoup dit que cet album avait été créé spontanément, par opposition au précédent, WIXIW, qui était très travaillé et marquait votre première expérience de composition avec des instruments électroniques. Est-ce que vous avez réellement réussi à vous lâcher suffisamment pour faire ce que vous aviez prévu ? Vous donnez l’impression d’un groupe très réfléchi, qui conceptualise chaque disque.
Oui, on a réussi, dans le sens où on s’est dit "si je fais quelque chose, alors ça va être sur l’album". On a fait exprès de ne pas s’accorder beaucoup de temps. On a essayé de se limiter à un mois... alors que la composition de l’album précédent nous avait pris près de trois ans. C’est vrai que ça n’était pas facile, il faut parfois se forcer à  "laisser aller". Mais c’était dans l’idée qu’on avait pour cet album et on a abouti à un résultat dont je suis personnellement très content.
Est-ce qu’il y a une réelle différence entre des groupes qui conceptualisent hyper leurs albums et d’autres qui, disons, composent en se bourrant la gueule dans un garage ?
Haha. Non, la plupart du temps quand je me prépare à composer un album, je préfère ne rien écouter pendant un moment. Pendant ces périodes, j’essaie de me couper totalement du reste. J’essaie de ne pas mater de films, de ne pas lire, j’essaie de me "stériliser" la tête d’une certaine manière. J'espère alors que ce que je crée vient vraiment de moi. Mais j'ai quand même l'impression que je suis facilement influençable. Par exemple si je suis dans ma voiture et qu’à la radio ils passent un truc débile, genre les Foo Fighters, alors j’aurai envie de faire une chanson avec de la guitare. C'est ce que j'essaie d'éviter.
Mais en termes de qualité, tu préfères de la musique qui a été pensée, conceptualisée, comme vos albums, ou bien plutôt de la musique que je qualifierais de plus directe, spontanée ?
Personnellement je suis plus intéressé par le concept. Ça dépend vraiment de ce que l’on recherche. Pour LIARS, j’aime concevoir chaque album comme une pièce à part, avec à chaque fois une manière différente d’appréhender notre travail. Parfois, ça me plairait effectivement bien qu’on soit "juste" un groupe de mecs bourrés dans un garage, mais ça ne nous correspond pas.
Donc pour vous, même le fait de rechercher à faire de la musique spontanément, c’est un concept en soi, pas un truc qui vient naturellement.
Oui, c’est ça. C’était l’idée derrière Mess. Parfois, on devient trop cérébral. Du coup, on a cherché à voir ce qui se passe quand on travaille avec les tripes et pas avec la tête.

10.10.14

Etienne Daho pour les nuls

En juillet dernier, une soirée à la Salle Pleyel à Paris a réuni de jeunes groupes comme La Femme, François & The Atlas Mountains, Lescop, Yan Wagner ou encore The Pirouettes. Des formations aux sons bien différents, mais qu'on peut rassembler, par commodité, sous le terme "nouvelle pop française". Ne me demandez pas si c'était bien, je n'y étais pas et de toute façon, là n'est pas le propos. Ce qui nous intéresse ici, c'est que l'événement, judicieusement baptisé "Tombés pour la France", posait Etienne Daho comme le parrain de toute cette nouvelle vague d'artistes. En plus de trente ans de carrière, Daho est passé de jeune étudiant rennais obsédé par le Velvet Underground au statut d'architecte de la pop à la française. De fan à passeur. L'importance de cet artiste n'est pas à démontrer. Pourtant, beaucoup encore se cantonnent à "Weekend à Rome" ou "Comme un Boomerang" - par ailleurs deux très bons morceaux, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. Puisque le bonhomme est actuellement en tournée dans les moindres recoins de l'hexagone et qu'il passera même en Belgique à la fin du mois, c'est l'occasion rêvée de vous proposer une séance de rattrapage. 

1981 : Mythomane
Fin des années 70, Etienne Daho est étudiant à Rennes. Grand amateur de musique, qu'il collectionne au fur et à mesure de ses séjours à Londres et Manchester, il a deux amours : le rock (nous sommes en pleine ère punk), et la soul, qu'il a découverte tout petit quand il vivait avec sa famille à Oran en Algérie. Il écrit de la musique depuis qu'il a quinze ans, mais n'ose pas enregistrer et se contente de fréquenter les salles de concerts. Daho devient ami avec Marquis de Sade, alors les rois de Rennes, et les Stinky Toys, le groupe de Jacno et Elli Medeiros qu'il a fait venir jouer en Bretagne. Il finit par se laisser convaincre de se mettre à chanter (il ne joue pas d'instrument) et de jouer aux premières éditions des Transmusicales. La machine est lancée, en 1981, à 25 ans, Etienne Daho sort son premier album, Mythomane, produit par Jacno et avec les musiciens de Marquis de Sade. Un disque entre légèreté apparente et mélancolie, qui finira par devenir culte, mais plus tard. (Je voulais mettre la chanson "Mythomane", qui est tout bonnement sublime, mais impossible de la trouver, checkez sur les plateformes de streaming.)


7.10.14

Pump up the cervelet

J'ai la chance d'aller à une floppée de concerts et récemment, j'ai remarqué qu'il devenait de plus en plus important pour moi de pouvoir danser sur la musique. C'est une sensation assez cool, on "part" avec sa tête et tout s'efface, au point de ne même plus vraiment savoir ce qui se trame sur scène. C'est exactement ce qui m'est arrivé pendant Unknown Mortal OrchestraThe HorrorsThee Oh SeesWarpaint et Solange la Frange au festival Nox Orae à la Tour-de-Peilz. Pourtant, il suffit d'un rapide coup d'oeil sur n'importe quel public pour savoir que s'agiter comme une siphonnée n'est pas la seule manière d'apprécier un concert. En discutant avec quelques ami(e)s aussi assidu(e)s que moi dans la fréquentation de caves et de festivals, il s'est avéré qu'on connait tous ces états de transe, mais qu'on adopte tout aussi régulièrement une posture plus posée, observatrice, sans pour autant passer un mauvais moment. Il y a donc différents types d’effets physiques que peuvent engendrer les concerts. Et ce n'est pas forcément l'absorption de certaines substances qui change la donne. Explications à l'exemple du meilleur week-end de l'été au bord du Léman.

"Nous dans les pogos" par Adriano 
NOX ORAE
29/30 août 2014
La Tour-de-Peilz

Autant vous le dire tout de suite : je n'ai pas de souvenir précis du Nox Orae. Enfin si, mais pas visuellement, au sens de ce qui s'est passé sur scène. Comme suggéré précédemment, les concerts à ce festival, c’était avant tout une sensation, semblable à un plongeon. Le journaliste anglais Jon Savage le décrit plutôt bien: "On oublie la fatigue, on oublie que la personne en face envahit notre espace en agitant ses bras. Et soudain, on y est : pris dans la transe, par l'énergie supérieure". On ne sait pas vraiment à quoi il fait allusion avec son "énergie supérieure" mais pour le reste, c’est parlant : on lâche prise, on oublie tout le reste et on a l’impression que la soirée est passée en dix minutes, sans vraiment être en mesure de raconter pourquoi c’était si chouette par après.

1.10.14

Eyjafjallajökull

Au début du mois, je suis partie escalader en solitaire l'Eyjafjallajökull. Vous savez, le fameux volcan islandais qui avait embêté tout le monde en 2010. Un trek de plus de 20 km sur les deux montagnes les plus jeunes du monde, où j'ai dû braver le vent, la pluie et le froid glaciaire. J'ai même dû traverser une glissante étendue de glace sans aucune visibilité. C'était un peu une idée de merde, de partir comme ça toute seule un jour de mauvais temps à plus de mille mètres d'altitude. Soit. Mais après avoir enfin redescendu le volcan et avalé une soupe de champignons au pied d'une cascade, j'ai ressenti une sorte de fierté grisante. Je me suis dit que putain, ouais, je l'avais fait. J'avais grimpé l'Eyjafjallajökull.

Dernièrement, nous avons accompli pas mal de choses dont nous sommes fières. Ma collègue helvète a passé un sacré cap en terminant son bachelor et en trouvant un master qui l'intéresse. Ça a été une période de grands questionnements, qu'elle a enfin osé affronter pour en sortir plus mature. Elle a appris à prendre du recul, à réfléchir davantage. Son voyage au Rwanda a sûrement joué un rôle dans l'histoire. Et puis elle s'est mise au jogging et a réussi un examen de solfège bien balèze, ce n'est pas rien. Pour ma part, j'ai vécu ce qu'on appellera, sans trop se fouler, une "année charnière". J'ai terminé mes études et réussi mon mémoire pour lequel je m'étais énormément investie et étais partie seule plus d'un mois dans les Balkans. J'ai aussi pu me prouver que je pouvais me construire une nouvelle vie ailleurs, en Belgique, loin de ma famille et de mes amis, et c'est rassurant de pouvoir se dire qu'on est capable de se plaire à d'autres endroits. Et j'ai grimpé l'Eyjafjallajökull.

Plus nous avançons, plus nous nous rendons compte qu'il y a encore d'autres défis. Une montagne en cache une autre. La vie est un putain d'Himalaya. Alors on chausse nos meilleures chaussures de marche et on fonce. Nous sommes plus parées. Pour TEA c'est la même chose. On se félicite d'avoir cinq ans d'activités avant de se rendre compte que rien n'est acquis, qu'il faut toujours davantage travailler, défricher, se creuser la tête, pour proposer quelque chose qui plaît, et dont on est fières. Parce que le fait que TEA existe encore, qu'on ait des lecteurs formidables comme vous, c'est un énorme accomplissement en soi.

Quand j'étais en haut du volcan, j'ai à un moment perdu la trace du sentier. Impossible dans la brume épaisse de voir la balise jaune suivante. J'ai failli paniquer, c'était facile de perdre son sang froid, mais une force dont je n'avais jamais pris conscience jusqu'alors m'a forcée à continuer. Tout droit. Et quelques minutes plus tard, j'ai enfin trouvé un nouveau piquet jaune. J'ai pleuré de joie. Parce qu'on a beau vouloir se prouver qu'on est fortes, c'est pas toujours facile. On a besoin parfois de balises, de signes qui nous rassurent et nous redonnent un coup de pied au derrière. Un peu comme cette playlist avec des femmes qui en imposent et des chansons qui nous inspirent. Rentrée 2014, on va se battre.