L E O F A N Z I N E O Q U I O M E T O L A O C U L T U R E O E N O S A C H E T S

15.7.16

PLAYLIST : Sous le soleil déprimant

L'été est censé être la plus belle saison de l'année. Les jours sont plus longs, il y a davantage de lumière, les températures sont plus clémentes, les villes se vident, le temps semble ralentir, les gens sont plus beaux. L'été devrait donc être une saison où l'on va mieux. Mais en vrai, l'été m'a surtout déprimée, ou en tout cas rendue plus mélancolique qu'à l'habitude. Pourtant, la plupart de mes étés sont beaux, mais toujours, je les traverse avec un certain spleen. En rêvant des dunes de la mer du Nord ou des montagnes de Slovénie, alors que je suis enfermée dans un open space climatisé. En observant d'un air consterné mon paquet de cigarettes vide, à la terrasse d'un café, à écouter le récit de mes amis qui rentrent de voyage. En rêvassant au lit, toute habillée, avec pour seule compagnie mon chat et le bruit du camion de glaces qui passe dans la rue. La mélancolie estivale a l'avantage d'être très cinématographique. Et comme j'imagine ne pas être la seule à penser ainsi, je partage ici la bande originale de ce film un peu triste mais pas trop. 
Sous le soleil déprimant
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"La Nuit N'en Finit Plus" - Petula Clark
"Greasy Rider" - Trance Farmers
"Words" - Low
"I'm Waiting Here" - David Lynch & Lykke Li
"Camino Del Sol" - Antena
"Land Of My Dreams" - Anna Domino
"Coming Down The Hill" - El Perro Del Mar
"Gila" - Beach House
"Ten New Lives" - Molly Nilsson
"Je Pleure Tout Le Temps" - Flavien Berger x Véronique Vincent & Aksak Maboul
"Un Été Dans Le Vent" - Ginger Ale

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27.6.16

Salon de thé #4 : Drag queens, café, Islande

Chaque quinzaine, TEA sélectionne ses sachets pour le Salon de thé, où l'on discute une petite sélection de liens qui nous ont intéressées dernièrement, ce qu'on a aimé ou encore ce qu'on a redécouvert. C'est totalement non exhaustif et arbitraire, et c'est ça qu'on aime. Bisous.

Illustration : Anne-Val
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Paysages islandais magnifiques et slow TV
Sigur Rós viennent de faire quelque chose d'absolument génial. Du lundi 20 au mardi 21 juin, pour le solstice d'été, le groupe islandais a décidé de faire un tour de 24 heures sur la route circulaire, qui fait, comme son nom le laisse deviner, le tour de leur si belle île. Une caméra a été installée sur leur véhicule, et pendant les 24 heures du jour le plus long de l'année, on pouvait suivre en temps réel, en streaming sur Youtube ou sur la télévision nationale, le voyage du groupe à travers les paysages grandioses d'Islande. En guise de fond sonore, une musique générée elle aussi en temps réel avec un programme de musique, des extraits de morceaux jamais sortis, et le morceau "óveður" (dont le clip a été diffusé en avant première à l'issue de ces 24 heures), ce qui donne un résultat très ambiant et apaisant. L'expérience, appelée "Sigur Rós Route One", était totalement hypnotisante. Maintenant, on a tous envie d'aller en Islande. J'espère que l'office du tourisme leur a remboursé l'essence, parce que là, Sigur Rós a fait un sacré boulot pour le rayonnement du pays. Il est prévu qu'une vidéo retrace l'entièreté de ces1332 km. On a hâte et bien sûr on vous tiendra au courant. En attendant, on peut voir quelques photos du périple sur le site du groupe et sur facebook, et quelqu'un a fait un time lapse d'un bout de trajet, mais c'est dix mille fois moins enchanteur qu'en réalité et surtout, ne correspond pas à l'idée du groupe avec le projet, à savoir, prendre le temps.

Parce qu'en fait, Sigur Rós ont fait ce qu'on appelle de la slow television. Quelque chose que je viens seulement de découvrir pour l'occasion. Il s'agit de diffuser en temps réel et dans toute sa longueur un événement somme toute plutôt banal, voire même un non-événement. L'idée est de prendre le temps, et donc le contrepied de presque tout ce qu'il se fait aujourd'hui, à la télévision ou sur internet. D'ailleurs, le chanteur Jónsi l'a ainsi formulé dans son explication sur le projet "Route One" : "A une époque de satisfaction instantanée et où tout bouge si vite, nous avons voulu faire l'exact opposé. La slow TV est l'opposé du monde dans lequel on vit, cela se passe en temps réel, et très longtemps." Ce genre a été popularisé à la fin des années 2000 grâce à la télévision norvégienne, qui a commencé par proposer un programme de sept heures d'un train de la ligne Bergen-Oslo, en temps réel. Cela a tellement marché qu'au final, 20% de la population norvégienne avait regardé le programme à un moment donné. La télévision nationale a donc refait cette expérience, avec beaucoup d'autres voyages en train, ou en bateau. 

Bref, tout ceci est fascinant et promet de belles journées et soirées à regarder de sublimes paysages sur un vidéo projecteur, à défaut d'avoir le temps ou l'argent pour voyager en vrai. - M

Concours de drag queens à Montréal
Dans le cadre du festival Fringe à Montréal, j'ai eu la chance d'assister à une authentique Drag Race. Sur le même principe que dans la série américaine de RuPaul (RuPaul's Drag Race) - mais en mieux dixit Mado, qui animait le show - la "course de Drag" était organisée par le cabaret Mado, une institution mythique du Village montréalais. En gros, il s'agit d'un concours de drag queen dans lequel on évalue les aptitudes nécessaires de la reine comme le maquillage, le catwalk, les cocktails et l'ultime lip synch! Dans cette épreuve finale, les drags doivent mimer passionnellement une chanson de diva et étaler tout leur talent en danse, mimiques et théâtralité lascive ou comique. Dans le cadre bucolique d'un petit parc, au soleil, en milieu d'après-midi, assister à la Drag Race était sans conteste l'activité parfaite pour un samedi, dans une ambiance bon enfant et même avec des enfants (dans le public). C'était à la fois captivant et vraiment drôle (un aperçu du truc, ). On a même pu assister à une performance d'un groupe de drag kings (l'inverse des drag queen) : les Backstreet Backs.
Au final, on donne raison à Mado : c'était mieux en vrai qu'à la télé. Je vous encourage tout de même à (re)découvrir RuPaul's Drag Race, la série. Comme on peut s'y attendre, l'émission regorge de punchlines cinglantes et de moments épiques - en même temps, ce qui fait sa différence c'est qu'elle laisse aussi la place à des récits touchant sur le parcours des concurrentes. Sans virer dans le pathos, c'est une téléréalité qui comporte à mon sens un bel esprit d'empowerment et encourage les candidates à exprimer leur personnalité et à se soutenir, quand bien même elles briguent toutes le même podium. La preuve dans les termes de Ru Paul qui clôt chaque épisode avec cette phrase : "If you don't love yourself, how the hell are you gonna love somebody else?"- AV

23.6.16

[GUEST] Artikl kurwa dobra polska muzika


Tourisme musical : la Pologne
Par Albertine

Un séjour Erasmus, c'est l'occasion de s'immerger complètement dans la culture locale. Après avoir testé toutes les sortes de plats à base de choux et tous les alcools faits maison, j'ai décidé de me pencher un peu plus sur la musique de mon pays d'adoption temporaire : la Pologne. Et ce n'est pas une mince besogne. À ma grande surprise, j'ai bien failli me perdre dans l'immensitude de l'offre musicale. Je me permets donc d'être votre guide afin de vous présenter une sélection basée sur mes préférences et sur l'originalité.

Commençons par du traditionnel en vous relatant ma première familiarisation avec la musique polonaise il y a quelques années. C'était un dimanche, dans un salon familial, une odeur de pierogis sauce beurre-oignons flottait depuis les casseroles et Pod Budą sortait des enceintes. Formé en 1977 par six membres, le groupe a rencontré un immense succès qui perdure encore après 17 albums (quand même). Bien qu'étant dans le registre des "musiques de parents", on finit par aimer. C'est très poétique, enveloppant et donc parfait pour les fins de journées nostalgiques. Mes préférées  : "Blues o starych Sąsiadach‬" (spécialement les refrains) et "Ta Sama Milosc".


Restons dans la mélancholie mais électronique cette fois. Découvert lors d'une d'une errance dans Youtube il y a de ça quasi une année, Ptaki est une petite pépite. Signifiant "oiseaux" en polonais, ce duo de DJ varsoviens est depuis très haut placé dans ma hiérarchie musicale notamment avec les morceaux "Krystyna", "Marek", "Jak Ptaki"  ou encore "Warsaw". Le rythme est d'une telle subtilité que le bassin est obligatoirement secoué dès les premières secondes, ceci recouvert de quelques sons finement placés ci-et-là. Bref, c’est fin, répétitif comme on aime mais sans jamais lasser. À écouter en boucle quitte à avoir de l'arthrose.

13.6.16

Thé dansant #4 : Déreglement hormonal, love love peace peace, new wave


TEA vous propose tous les quinze jours ses thés dansants, une petite sélection de ce qu'on a aimé écouter dernièrement, ce qu'on a vu en concert ou encore ce qu'on a redécouvert. C'est totalement non exhaustif et arbitraire, et c'est ça qu'on aime. Bisous.

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Quand on a une vie bien chargée, qu'on passe plus de temps à écouter des disques sortis en 1981 ou des groupes que l'on a récemment vu en concert, ce n'est pas toujours facile de se tenir au courant des dernières sorties musicales. Résultat, on est vite à la ramasse et on découvre, cinq mois plus tard, que Geneva Jacuzzi a sorti un album en début d'année. Pourtant, Geneva Jacuzzi, on l'aime beaucoup. On l'a même interviewée en 2012 et dansé pour elle lors d'un de ses concerts à Anvers. Donc la Californienne a sorti un nouveau album, après son fantastique Lamaze qui date, quand même, de 2010. On ne s'attendait pas forcément à un nouvel album de sa part. Quand on l'avait rencontrée, elle disait même : "Les gens veulent que je sorte un nouvel album, mais je ne veux pas. Je n'ai jamais voulu sortir un seul disque. Ça m'ennuie. C'est trop de pression. Et c'est le genre de pression qui ne me stimule pas du tout. Je pense que ce doit être quelque chose d'accidentel, et de stupide. Je n'ai aucune intention d'être une musicienne professionnelle. J'admets être une mauvaise musicienne. J'enregistre une chanson et j'oublie comment la jouer, presque intentionnellement". Finalement, elle a changé d'avis, où provoqué assez d'accidents. Quoiqu'il en soi, ça fait plaisir de la retrouver sur "Technophelia". On la retrouve là où on l'avait laissée, avec sa synth pop lo-fi immédiatement reconnaissable et ses petits tubes en puissance, comme "Casket". Vous pouvez écouter l'album ici. - M



Depuis le temps qu'on tarde c'est devenu old news mais comme mon amour n'a pas fané je prends ça pour un bon signe : le nouvel album de Zombie Zombie, Slow Futur, tabasse. Il s'écoute sur The Drone où l'on en apprend un peu plus sur le contexte de la fabrication du disque et de sa proximité avec le spectacle. Chez moi, il réaffirme un goût prononcé pour les mantras répétitifs. Une fascination de l'expérimentation sonore. Avec, toujours, comme maîtres absolus, l'ombre de Kraftwerk qui plane. L'homme machine. J'aime aussi l'épure du spectacle dont on voit un extrait dans cette vidéo.
Le côté hypnotique repris dans le jonglage des protagonistes, le regard vide sur les boules blanches. Un aspect un peu inquiétant. Ca m'évoque également la pièce de théatre Electronic City de Falk Richter vue il y a quelques années qui traite justement de ces thèmes franchement malaisants. A revoir aussi : notre vieille playlist "travail à la chaîne". - AV


17.5.16

Soromance fanzine : you go girls

couverture de gauche : Marion Costentin
couverture de droite : Aliénor Ouvrard

Dans un monde idéal, les filles seraient autant encouragées que les garçons à faire des choses, à créer. Plutôt que de se concentrer sur le rendu final, on admirerait plutôt leurs prises de risques, leurs essais, leur esprit d'initiative. Elles ne ressentiraient pas la pression de faire quelque chose de parfait. Il n'y aurait plus non plus cette épuisante rivalité qu'on observe malheureusement trop souvent entre les femmes. Dans un monde idéal, les filles se soutiendraient et s'entraideraient. Mais on n'en est pas là. Il y a encore plein de meufs (et je m'inclus dedans aussi), qui n'osent pas faire telle ou telle chose, de peur de rater, de peur d'être jugée. Plein de meufs qui s'interdisent des choses avant même d'avoir essayé. Plein de meufs qui perdent beaucoup d'énergie à en détester d'autres plutôt que d'en faire une source d'inspiration. Plein de meufs qui, une fois en couple, appellent moins leurs copines. Plein de meufs qui se tirent des balles dans le pied. Et c'est tellement dommage. Mais ce n'est pas une fatalité, et il y a aussi plein de filles qui font des choses fantastiques, seules ou ensemble. Qui osent, qui créent, qui l'ouvrent, qui se bougent, qui s'assument.

C'est un peu le constat qui a mené à la création du fanzine Soromance, que j'ai (c'est l'antenne franco-belge de TEA qui parle) commencé il y quelques mois avec mon amie Klara, à Bruxelles. Soromance, comme une bromance, mais entre meufs. Pour appeler à la solidarité entre les filles, parce qu'on n'est jamais plus fortes qu'à plusieurs. Avec l'aide de copines et de copains ultra talentueux, on a sorti notre premier numéro début avril et on planche sur le deuxième, prévu pour fin juin. Pour le premier Soromance, on a choisi de parler des groupies. Un thème qui nous parle beaucoup, vu qu'on est toutes les deux branchées musique. Rien qu'avec TEA, j'ai été confrontée pas mal de fois à des situations où la question de la groupie s'est posée. Où on m'a regardée avec des regards qui en disaient longs, alors que j'allais dans les backstages faire une interview. Pour que vous y voyiez un peu plus clair, voilà un extrait de l'édito de Soromance, premier du nom : 

23h, plusieurs bières au compteur, dans l’organisme et aussi un peu sur sa robe. Le concert se termine, et il était vraiment bien. Ça changeait des groupes de garage qu’on voit sans arrêt, on a dansé et reluqué aussi le chanteur, parce que c’est vrai qu’il était agréable à regarder. “Alors, on fait sa groupie ?”, lance un copain, goguenard. Il dit ça pour rire, pour titiller. Mais n’empêche, le mot est sorti. Et on se le prend en pleine figure, directement ou par de simples regards qui en disent longs, souvent, très souvent. 
Parce qu’on a beau être au 21ème siècle, en tant que fille qui écume à longueur de soirées les concerts, on aura toujours quelqu’un pour nous balancer ce mot, “groupie”. Comme si c’était inhérent à n’importe quelle meuf dans la musique. Comme si on ne pouvait pas juste, comme nos comparses masculins, dodeliner de la tête devant une scène sans avoir d’arrières pensées. Comme si, forcément, on voulait finir dans le lit du chanteur, du guitariste, ou même du bassiste. Comme si on n’était pas là pour la musique. Comme si, aussi, on avait moins le droit de dire qu’un musicien est canon, alors que les garçons sont les premiers à baver devant une batteuse bien gaulée.