L E O F A N Z I N E O Q U I O M E T O L A O C U L T U R E O E N O S A C H E T S

26.2.15

"You can go deep into it if you want to"

Lundi dernier, Lesley Gore est morte. Mon cœur pleure. En effet, la vieille dame avait une place toute spéciale dans mon Panthéon personnel en raison de sa superbe interprétation de "You Don’t Own Me", une chanson érigée en hymne féministe dès sa sortie au début des années soixante (tellement qu'il existe aussi une version québécoise du titre, qui est plutôt drôle (surtout si on aime les coiffures qui défient les lois de la gravité), et une récente campagne de mobilisation de femmes américaines, dans laquelle participent tout un tas de meufs cools) :


Mais c’est avant tout parce qu’elle a marqué un passage dans mon rapport à la musique que cette chanson reste une de mes préférées de tous les temps. Je l’évoquais déjà naïvement dans notre article du sixième anniversaire de TEA : "You Don’t Own Me" est probablement l'une des premières chansons qui m’a autant, voire le plus, marquée pour ses paroles que pour ses qualités esthétiques. En soi, cette chanson est un véritable manifeste d'ado-peste sous couvert d'air niais et gentil : "je suis libre et indépendante, tu n'as aucun droit sur moi, je fais ce que je veux" BAM.

Ce qui nous amène au véritable sujet de cet article :

Quelle est l’importance des paroles dans la musique ?

25.12.14

Rockin' around the Christmas tree IV

En cette période fortement marquée par les traditions, chez TEA, on s'invente aussi des habitudes. Ainsi, pour la quatrième année consécutive, on vous présente la liste de noël des groupes. Comme en 2011, 2012 et 2013, nous avons demandé à des artistes qui ont marqué notre année de choisir trois cadeaux qu'ils voudraient trouver sous leur sapin. 

✎ La Wishlist de Angus Andrew (LIARS) 
En tant qu'habitant de Los Angeles, le chanteur australien des LIARS aimerait avant tout fêter noël avec toute sa famille réunie. Mais comme c'était un peu cheesy, il a rajouté :

"Un nouveau complet, une machine à laver le linge et un arbre pour mes deux chats."

2.12.14

Six

Le nombre six représente beaucoup de choses. Les mathématiques vous apprendront d'ailleurs que six est un nombre unitairement parfait, automorphe, oblong, octaédrique, ou encore hautement composé. Pour faire plus simple, on dira que c'est le premier qui nous oblige à utiliser nos deux mains pour compter avec les doigts. Six, c'est l'harmonie chez les numérologues, le nombre de cordes à une guitare, les différentes lettres qui servent à désigner les vitamines. Six, c'est le nombre de faces que possède un dé, l'âge auquel on apprend à lire, le jour de la Saint Nicolas, la meilleure note à un examen selon le barème suisse mais la pire chez les Allemands, le nombre de couverts qu'il y avait à table le soir chez ma mère, les différentes maisons que j'ai connues dans ma vie, la ligne de métro qui va d'Etoile à Nation ou de Roi Baudouin à Elisabeth, le nombre moyen de bières que nous prenons un soir de concert, Six Feet Under, les Six Compagnons, le 6 juin 1944, la planète Saturne, un numéro de portable français, le sixième sens... Six, c'est l'âge de TEA. Alors joyeux anniversaire !


Pour l'occasion, nous nous sommes livrées à l'exercice ô combien difficile de choisir six morceaux essentiels à nos yeux. Un casse tête qui reflète au final assez bien nos personnalités respectives et que l'on publie avant de changer encore une fois d'avis !




23.11.14

"C'est mon ordinateur qui veut que je fasse de la dance music"

Dans le royaume du mp3, il reste encore des groupes qui conçoivent des albums comme un entier. Une jolie brique à poser sur l'édifice de sa carrière. Chez LIARS, la construction s'apparente à un mur en légo bigarrés, ou bien, à l'image de la pochette de leur dernier disque Mess, à une toile d'araignée faite de fils de toutes les couleurs qui partent dans toutes les directions. Lorsqu'on interviewait Foals, en 2010, on avait déjà discuté de cette étonnante capacité à se réinventer à chaque sortie. Et comme la TEAm a particulièrement aimé le très dansant dernier LP (Mess) (surtout l'enchaînement PARFAIT des deux premiers morceaux "Mask Maker"/"Vox tuned D.E.D"), l'opportunité d'en parler directement avec les intéressés était inratable. On s'est donc retrouvées face à Angus, le chanteur, pour parler d'albums concepts et d'un tas d'autres trucs. Plié en quatre pour se faire une place dans son fauteuil des minuscules loges de La Superette (à moins que ce soit un effet d'optique dû à la taille du personnage) Angus s'est montré plutôt bavard sur le sujet, tout en ne cachant pas son admiration pour d'autres groupes qui semblent faire de la musique, "just for the sake of it" (voir aussi  et ). 


INTERVIEW LIARS

Vous avez beaucoup dit que cet album avait été créé spontanément, par opposition au précédent, WIXIW, qui était très travaillé et marquait votre première expérience de composition avec des instruments électroniques. Est-ce que vous avez réellement réussi à vous lâcher suffisamment pour faire ce que vous aviez prévu ? Vous donnez l’impression d’un groupe très réfléchi, qui conceptualise chaque disque.
Oui, on a réussi, dans le sens où on s’est dit "si je fais quelque chose, alors ça va être sur l’album". On a fait exprès de ne pas s’accorder beaucoup de temps. On a essayé de se limiter à un mois... alors que la composition de l’album précédent nous avait pris près de trois ans. C’est vrai que ça n’était pas facile, il faut parfois se forcer à  "laisser aller". Mais c’était dans l’idée qu’on avait pour cet album et on a abouti à un résultat dont je suis personnellement très content.
Est-ce qu’il y a une réelle différence entre des groupes qui conceptualisent hyper leurs albums et d’autres qui, disons, composent en se bourrant la gueule dans un garage ?
Haha. Non, la plupart du temps quand je me prépare à composer un album, je préfère ne rien écouter pendant un moment. Pendant ces périodes, j’essaie de me couper totalement du reste. J’essaie de ne pas mater de films, de ne pas lire, j’essaie de me "stériliser" la tête d’une certaine manière. J'espère alors que ce que je crée vient vraiment de moi. Mais j'ai quand même l'impression que je suis facilement influençable. Par exemple si je suis dans ma voiture et qu’à la radio ils passent un truc débile, genre les Foo Fighters, alors j’aurai envie de faire une chanson avec de la guitare. C'est ce que j'essaie d'éviter.
Mais en termes de qualité, tu préfères de la musique qui a été pensée, conceptualisée, comme vos albums, ou bien plutôt de la musique que je qualifierais de plus directe, spontanée ?
Personnellement je suis plus intéressé par le concept. Ça dépend vraiment de ce que l’on recherche. Pour LIARS, j’aime concevoir chaque album comme une pièce à part, avec à chaque fois une manière différente d’appréhender notre travail. Parfois, ça me plairait effectivement bien qu’on soit "juste" un groupe de mecs bourrés dans un garage, mais ça ne nous correspond pas.
Donc pour vous, même le fait de rechercher à faire de la musique spontanément, c’est un concept en soi, pas un truc qui vient naturellement.
Oui, c’est ça. C’était l’idée derrière Mess. Parfois, on devient trop cérébral. Du coup, on a cherché à voir ce qui se passe quand on travaille avec les tripes et pas avec la tête.

10.10.14

Etienne Daho pour les nuls

En juillet dernier, une soirée à la Salle Pleyel à Paris a réuni de jeunes groupes comme La Femme, François & The Atlas Mountains, Lescop, Yan Wagner ou encore The Pirouettes. Des formations aux sons bien différents, mais qu'on peut rassembler, par commodité, sous le terme "nouvelle pop française". Ne me demandez pas si c'était bien, je n'y étais pas et de toute façon, là n'est pas le propos. Ce qui nous intéresse ici, c'est que l'événement, judicieusement baptisé "Tombés pour la France", posait Etienne Daho comme le parrain de toute cette nouvelle vague d'artistes. En plus de trente ans de carrière, Daho est passé de jeune étudiant rennais obsédé par le Velvet Underground au statut d'architecte de la pop à la française. De fan à passeur. L'importance de cet artiste n'est pas à démontrer. Pourtant, beaucoup encore se cantonnent à "Weekend à Rome" ou "Comme un Boomerang" - par ailleurs deux très bons morceaux, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. Puisque le bonhomme est actuellement en tournée dans les moindres recoins de l'hexagone et qu'il passera même en Belgique à la fin du mois, c'est l'occasion rêvée de vous proposer une séance de rattrapage. 

1981 : Mythomane
Fin des années 70, Etienne Daho est étudiant à Rennes. Grand amateur de musique, qu'il collectionne au fur et à mesure de ses séjours à Londres et Manchester, il a deux amours : le rock (nous sommes en pleine ère punk), et la soul, qu'il a découverte tout petit quand il vivait avec sa famille à Oran en Algérie. Il écrit de la musique depuis qu'il a quinze ans, mais n'ose pas enregistrer et se contente de fréquenter les salles de concerts. Daho devient ami avec Marquis de Sade, alors les rois de Rennes, et les Stinky Toys, le groupe de Jacno et Elli Medeiros qu'il a fait venir jouer en Bretagne. Il finit par se laisser convaincre de se mettre à chanter (il ne joue pas d'instrument) et de jouer aux premières éditions des Transmusicales. La machine est lancée, en 1981, à 25 ans, Etienne Daho sort son premier album, Mythomane, produit par Jacno et avec les musiciens de Marquis de Sade. Un disque entre légèreté apparente et mélancolie, qui finira par devenir culte, mais plus tard. (Je voulais mettre la chanson "Mythomane", qui est tout bonnement sublime, mais impossible de la trouver, checkez sur les plateformes de streaming.)